Le profit avant l’intérêt local ou la charrue avant les boeufs

, par  Association ARPENT , popularité : 60%

Le projet de centrale électrique alimentée par la biomasse tel qu’il peut se comprendre, à travers le peu d’informations données, inquiète beaucoup l’association ARPENT.

La centrale électrique devrait fonctionner toute l’année pour produire de l’électricité avec un rendement voisin de 25 %. Jean Ganzhorn, ingénieur thermicien, a calculé que si l’on prend en compte l’énergie grise (celle nécessaire pour exploiter le bois, le déchiqueter, le transporter…) le rendement net tombe à moins de 20 %. L’industriel équilibre son budget grâce au prix d’achat très élevé de cette électricité (0,17 € le kwh). Mais il doit aussi valoriser l’énergie thermique résiduelle (environ le double de l’énergie transformée en électricité…) pour être en conformité avec l’autorisation d’exploitation (usine de cogénération).

Pour cela, un projet de serres « industrielles » a vu le jour dans le terrain jouxtant la centrale. 80 à 100 000 m² de serres qui seront chauffées à moindre coût par la chaleur issue de la centrale.

Mais les serres n’auront pas besoin de chauffage durant les 4 ou 5 mois d’été, et il faudra alors refroidir la centrale en actionnant d’énormes aéroréfrigérants.

Au final, sur les 100 à 120 000 stères de bois qui seront consommés chaque année (ce qui correspond à l’accroissement annuel du bois sur pieds de 15 à 20 000 ha), 25 à 30 000 stères serviront à produire autant d’électricité que trois éoliennes et 25 à 30 000 stères ne serviront qu’à réchauffer l’ai ambiant.
Avec 25 à 30 000 stères de bois, on pourrait chauffer de 1500 à 3000 foyers…

Par ailleurs, nous n’avons aucune garantie sur les procédés d’exploitation du bois et ce qui se passe déjà dans certaines forêts du Tonnerrois a de quoi nous inquiéter (voir l’article et les photos sur la forêt de Maulnes).

Pour autant, nous ne sommes pas contre l’utilisation du bois, ni contre la création d’emplois, bien au contraire, mais pas pour le gaspiller !

L’idée d’implanter 10 hectares de serres ne correspond certes pas à un besoin local, mais admettons que ce soit le seul moyen de créer des emplois. Imaginons que ces serres soient chauffées au bois et que la chaufferie génère de l’électricité. La puissance de la chaufferie serait alors modulée en fonction des besoins en chaleur des serres et, bien sûr, arrêtée en été. Le bilan en terme d’emplois serait quasiment le même (la centrale ne créera que quelques emplois directs). Mais le rendement global passerait de moins de 50% à plus de 75% et on épargnerait déjà au moins 1/4 de la ressource en bois.