Ce que nos élus refusent d’entendre...

, par  Association ARPENT , popularité : 11%

Suite à notre demande de rencontre, le comité exécutif de la communauté de communes nous a reçus le 23 octobre dernier.
Notre demande avait un double objectif :
- échanger des informations, notamment celles dont nous disposons et dont les élus n’ont peut-être pas eu connaissance ;
- solliciter une intervention d’information devant l’assemblée communautaire.
La réponse au premier point fut catégorique : « Nous ne voulons pas entendre d’arguments techniques ou écologiques, nous ne sommes pas là pour évaluer ce projet car nous sommes des gens responsables ».
Quant à pouvoir nous exprimer devant le conseil communautaire : « Il n’en est pas question ! »

Ce que nous élus refusent d’entendre...

Voici en substance ce que nous aurions aimer pouvoir dire :

Le rapport du GIEC du 8 octobre dernier fixe les objectifs et les échéances pour éviter le pire :
- 2030 (dans 12 ans) : les émissions de CO2 devront avoir été réduites de moitié par rapport au niveau actuel.
- 2050 : neutralité carbone, c’est à dire que les émissions devront être entièrement compensées par le stockage du carbone.
Or, depuis la COP21 et les engagements pris, les émissions de GES n’ont cessé de progresser.

  1. Le recours à la biomasse forestière pour remplacer les énergies fossiles est une fausse piste :
    La centrale émettra annuellement environ 60 000 tonnes de CO2, c’est à dire autant que 60 000 voitures (émettant 100g de CO2 au km) et parcourant 10 000 km par an. C’est le tiers du parc automobile de l’Yonne ! Pour produire une quantité d’électricité équivalente à la production de 3 ou 4 éoliennes !
    1. La combustion de la biomasse libère du CO2 :
      190 scientifiques de renom ont adressé une lettre ouverte à l’Union Européenne pour l’alerter sur les dangers que le recours à la biomasse fait peser sur l’avenir du climat. L’argument de la neutralité est irrecevable dans l’urgence du réchauffement : le carbone libéré par la combustion de la biomasse forestière ne sera, au mieux, réintroduit dans le stock de la forêt que dans un siècle alors que c’est dès aujourd’hui qu’il faut réduire nos émissions pour éviter un emballement catastrophique.
    2. L’industrialisation de la forêt diminue ses capacités à stocker le carbone :
      L’évolution des forêts européennes au cours des trois derniers siècles se caractérise par une déforestation massive pour répondre à la demande croissante d’énergie (de 1750 à la fin du 19ème), puis un reboisement important transformant les forêts naturelles en forêts de production. L’impact climatique du passage massif des feuillus vers les résineux dicté par des motifs économiques et industriels est incontestable : en 250 ans, le bilan carbone est négatif !
    3. La forêt, réservoir de biodiversité :
      La biodiversité des sols des forêts est scientifiquement moins explorée et connue que le sol de la lune. C’est le réservoir le plus important, avec les océans, d’organismes essentiels aux équilibres biologiques. Or, l’industrialisation de la forêt contribue à réduire, voire condamner cette biodiversité : cultures mono-essence, tassement et asphyxie des sols, érosion des couches d’humus...
  2. Un gaspillage de la ressource scandaleux :
    1. Non, les serres n’utiliseront pas toute la chaleur résiduelle :
      A maintes reprises, les porteurs du projet affirment que les serres utiliseront la totalité de la chaleur résiduelle disponible (étude d’impact de l’enquête publique et document distribué lors de la réunion du 11 juin). Il est évident, même pour un novice, que les serres n’ont qu’un besoin de chauffage très limité (éventuellement la nuit) durant les périodes estivales. Le CTIFL a calculé, en 2012, que les besoins en énergie des serres s’élevaient à 300 kWh/m2/an en moyenne sur le territoire français, soit, pour 12 ha de serres, un besoin annuel de l’ordre de 40 GWh. On est bien loin des 95 GWh de chaleur disponible donnés dans l’étude d’impact de l’enquête publique...
    2. L’énergie gaspillée permettrait de chauffer toute la ville de Tonnerre :
      Les 50 GWh évacués par les aéroréfrigérants correspondent à l’énergie nécessaire pour chauffer 2600 logements assez mal isolés de 100 m2 chacun (consommation de 200 kWh/m2/an). A l’heure où le réchauffement climatique n’est plus contestable, dans un territoire où la précarité est grande, notamment la précarité énergétique, ce gaspillage est insupportable.
  3. La production de tomates sous serres chauffées n’est pas écologique :
    L’Adème a évalué l’impact environnemental de la production et du transport des fruits et légumes. Les tomates cultivées sous serres chauffées consomment 10 fois plus d’énergie que celles cultivées à ciel ouvert (les concombres 100 fois).
    Le site du ministère de l’écologie, dans le cadre du plan climat-agriculture, alerte sur la consommation de légumes énergivores en écrivant que les tomates cultivées sous serres chauffées peuvent consommer jusqu’à 20 fois plus d’énergie que les tomates produites localement et en saison.
  4. Des slogans en place d’arguments :
    Lors de la réunion du 11 juin, le document de présentation du projet qui a été distribué s’apparente d’avantage à un tract publicitaire qu’à un document d’information. Le schéma de « principe de cogénération » laisse croire que toute la chaleur (19MW) sera utilisée par les serres. Il ne mentionne même pas la présence des aéroréfrigérants. La ressource en bois ne mentionne pas la source principale : les plaquettes forestières issues du broyage d’arbres entiers. Les divers articles parus dans l’Yonne Républicaine sur ce sujet relèvent de la même logique de simplification caricaturale, évacuant toutes les questions susceptibles de faire réfléchir sur l’opportunité de ce projet.

De notre côté, depuis 2011, nous essayons de produire des documents s’appuyant sur des données scientifiques et abordant tous les aspects de la question.