IDEES REÇUES SUR LE BOIS ISSU DES FORETS un article de Richard Fay – Collectif SOS Forêt du Sud

, par  Association ARPENT , popularité : 100%

Le volume de bois contenu dans les forêts françaises augmente
Vrai. Notamment sous l’effet de l’augmentation des surfaces boisées. L’augmentation du volume de bois est chaudement recommandée pour lutter contre l’effet de serre.

La forêt vieillit
Vrai. C’est normal car elle est jeune. Faire vieillir la forêt est nécessaire à la biodiversité, à l’obtention de bois d’œuvre, et à l’accroissement des bienfaits rendus : fixation du carbone, restauration des sols, régulation hydraulique et climatique.

L’accroissement du bois est capitalisé
Vrai. C’est la seule façon terrestre de stocker du carbone. Capitaliser l’accroissement est nécessaire à la lutte contre l’effet de serre. C’est aussi une bonne façon d’obtenir des produits de grosses dimensions aptes aux usages d’œuvre. C’est également la seule façon de sauvegarder des écosystèmes mûrs, abritant des espèces absentes des forêts jeunes.
Le volume moyen sur pied en forêt est de 160m3/ha en France (source FAO, volume total), contre par exemple 250m3 en Belgique. On est encore loin du gaspillage de ressources, car en France il faudrait sans doute dépasser un volume moyen de 500m3/ha pour commencer à considérer que la mortalité puisse égaler l’accroissement biologique.

La forêt est sous-exploitée
Faire d’abord une distinction sémantique entre la forêt cultivée et le bois exploité. De la même façon qu’il y a cultivateur et exploitant agricole.
Une partie de la forêt est cultivée, une partie ne l’est pas, pour des causes qui tiennent à la difficulté d’exploitation et à la motivation des propriétaires. Forêts privées et forêts publiques sont cultivées à peu près dans les mêmes proportions, environ 80% de la surface.
En moyenne pour les forêts métropolitaines en 2007, hors tempêtes, les chiffres statistiques de l’IFN faisaient état d’un accroissement de 5,2m3/ha/an et d’un prélèvement de 2,7m3/ha/an ; donc d’un stockage théorique de 2,5m3/ha/an. En tenant compte de la dîme des tempêtes, le stockage a été ramené à 1,8m3/ha/an. Le volume sur pied était estimé à 146 m3/ha. (ce sont des volumes bois fort, c’est-à-dire cubés jusqu’à une découpe de 7cm de diamètre). Ce qui indiquerait un âge moyen d’environ 60 ans.
Vrai la forêt est sous-exploitée, du point de vue des exploitants, des transformateurs ... et éventuellement des consommateurs. Elle est sous-exploitée, car on ne prélèverait que la moitié de l’accroissement brut. Ça a l’apparence du bon sens, pourquoi ne pas récolter l’intérêt que représente la production biologique ? Parce que ce faisant, on décide que le capital-forêt est à son plein développement, et on le fige à son faible niveau actuel.
Faux la forêt n’est pas sous-exploitée du point de vue de la gestion durable et de l’intérêt socio- économique.
D’une part il est nécessaire de capitaliser le bois pour plus de bénéfices futurs. Et de ce point de vue il pourrait être possible de tripler le stock moyen de bois sur pied sans altérer la fonction productive des forêts. D’autre part les données statistiques occultent une forme de surexploitation des forêts cultivées.
L’IFN souligne la diminution des gros et très gros bois en forêt publique, et le ralentissement du stockage résineux toutes forêts confondues. Cela peut s’expliquer par le raccourcissement des rotations de culture. L’âge d’exploitabilité a été abaissé fortement (c’est l’âge « optimum » de récolte des arbres), et les densités de tiges/ha ont été abaissées également dans les guides de sylviculture, pour compenser les pertes de grosseurs due à la réduction du temps de culture. A terme, le corolaire inavouable est une baisse des volumes récoltables/ha. Ainsi, on peut concevoir que les chiffres masquent un déstockage engagé dans les plus anciennes forêts cultivées, alors que la capitalisation se ferait dans les peuplements de recolonisation et dans les boisements sans sylviculture.
Quelques données de l’IFN en France métropole :
Dans la période 2005-2010, le prélèvement a été de 52% du bois fort (hors chiffres de la tempête Klaus, accroissement biologique bois fort de 85 millions de m3/an, prélèvement de 44 millions de m3/an)
En 2007, le volume de bois sur pied était estimé à 2.4 milliards de m3, et la surface forestière à 16,4 millions d’ha. La part de surface cultivable est estimée à 15 millions d’ha. L’augmentation du stock de bois sur pied a été estimée entre 25 et 30 millions de m3/an.
Grosso-modo, 75% de la forêt appartient à des propriétaires privés, et 75% du bois exploité est issu des forêts privées. Forêt privées et forêts publiques sortent en moyenne un volume identique de bois ramené à l’ha cultivé.

Le bilan carbone de l’exploitation forestière pour la biomasse est neutre.
C’est l’idée que la repousse de la forêt stocke l’équivalent du carbone libéré par l’utilisation énergétique de sa biomasse.
Faux. En coupant un hectare de taillis âgé de 40 ans on déstocke en une année ce que la forêt mettra 40 ans à reconstituer. Augmenter soudainement l’utilisation énergétique du bois créera un pic de déstockage du carbone, d’autant plus fort que l’exploitation sera de dimension industrielle. Ce n’est pas neutre d’augmenter les coupes.

Le bois est une source d’énergie renouvelable
Vrai. Un arbre coupé repousse.
Faux. Une coupe à répétition diminue sa vitalité. Et appauvrit le sol. D’une manière générale, le bois est « renouvelable » tant qu’on ne diminue pas la quantité de forêt, ni qu’on en altère le potentiel d’accroissement par un régime de coupes trop soutenu.

La forêt est un puits de carbone
Vrai. Un puits qui se remplit à condition que le stock de biomasse s’accroisse. Mais si le prélèvement+la mortalité sont supérieurs à l’accroissement, on en verra à l’évidence le fond.

Le bois est un bon combustible
Faux. Par rapport aux combustibles fossiles, à masse égale, son pouvoir calorique est plus faible, et ses émissions résiduelles plus fortes, que ce soit les gaz à effet de serre ou les nanoparticules agressives.

La forêt est protégée par les organismes publics de gestion forestière
Vrai. Le Centre National de la Propriété Forestière pour les forêts privées, et L’Office National des forêts pour les forêts publiques, sont chargés de veiller à l’application de la législation forestière.
Faux. la RGPP mine progressivement les moyens affectés aux missions de contrôle et de gestion. Et l’augmentation des charges forestières pourrait pousser les communes à s’affranchir de la tutelle de l’Etat. L’action publique forestière est soumise aux pathogènes libéraux.
La situation en forêts privées. En 2008, les 18 CRPF ont été regroupés au sein d’un établissement national unique, le CNPF. Voilà ce qu’en disait Brigitte Bonnisseau, présidente du Centre Régional de la Propriété Forestière de Poitou-Charentes :
« Le seul intérêt de ce regroupement est budgétaire. Les économies exigées par l’Etat sont ainsi chiffrées à 2 millions d’euros à l’horizon 2011 sur un budget global de 40 millions d’euros. La réforme permettra une mutualisation des coûts (gestion des payes au niveau national, achats groupés, certification ISO 14001 commune...). Nous réfléchissons également à la simplification des procédures, comme la création d’un document de gestion durable unique ... Mais aussi à la réorganisation du personnel administratif par laquelle certains agents pourraient être amenés à travailler avec des régions limitrophes grâce à Internet, voire même au regroupement à terme de certains CRPF. Nous espérons que ces mesures seront suffisantes et que nous pourrons renouveler les personnels qui partent à la retraite. »
La situation en forêts publiques. Le contrat de plan Etat-ONF en cours prévoit la suppression de 693 « Equivalent Temps Plein ». La compensation décroissante de l’Etat aux cotisations patronales pour les retraites des fonctionnaires s’est traduite en 2012 par une charge supplémentaire de 98 millions d’euros pour l’Office National des Forêts.
Les communes forestières payent à l’ONF une taxe forestière et des frais de garderie. Aujourd’hui cette taxe est de 2€, et les frais de garderie de 12%. Dernière trouvaille de l’Etat, la multiplication par sept de la taxe forestière à l’hectare (de 2 à 14 €) et l’augmentation des frais de garderie de 12 à 18% pour frais de gestion de leur forêt communale. En agissant ainsi, l’Etat renierait les engagements pris en 2011 avec les communes forestières et l’ONF. Il transfèrerait aux communes rurales une charge financière nouvelle, évaluée à 50 millions € sur trois ans.

Richard Fay – Collectif SOS Forêt du Sud