Menacés par les JO, les jardins ouvriers d’Aubervilliers se mobilisent

, par  Association ARPENT , popularité : 3%

Pour l’automobiliste pressé de la D27 reliant Aubervilliers à Bobigny, dans le nord-est de Paris, les jardins ouvriers des Vertus passeraient presque inaperçus derrière leurs grilles végétalisées. Leur superficie initiale de 62 000 m² a été amputée au fil des ans d’environ deux-tiers, notamment par la construction d’un grand parking près du métro. Les 26 000 m² actuels sont divisés en 85 parcelles gérées par une association créée en 1935. Mais le futur des jardins s’est obscurci quand, au début de l’été 2020, le projet de construction d’un complexe aquatique aux dimensions démesurées – avec piscine olympique et solarium – est venu menacer de destruction 18 parcelles des jardins ouvriers, soit 4000 m²

D’autres risques pèsent à plus long terme avec l’aménagement d’une gare de métro de la ligne 15 du Grand Paris Express et d’un « écoquartier » sur la ZAC du Fort d’Aubervilliers. Ces chantiers sont portés par la société du Grand Paris Aménagement (GPA), qui est restée suffisamment vague lors de la consultation des habitant.es, pour que la menace pesant sur les jardins ne soit pas flagrante. Meriem Derkaoui, l’ancienne maire d’Aubervilliers (PCF), a signé le marché avec le groupe de BTP Spie Batignolles pour construire le centre aquatique en juin 2020 pour un montant de 33, 6 millions d’euros. La nouvelle maire Karine Francklet (UDI) ne remet pas en cause le projet : « Je ne veux pas qu’on dise que ce n’est qu’une ville de pauvres. C’est une ville qui ne demande qu’à décoller. La piscine sera bonne pour l’image de la ville. »
« Compensation ? Ce sont des mots de technocrates ça »

Si les JO de 2024 sont un prétexte pour justifier la piscine olympique qui servirait uniquement pour l’entraînement des athlètes, ces aménagement sont en réalité pensés à plus large échelle, dans une dynamique de profond changement du quartier autour du Fort d’Aubervilliers. Dans cette zone cohabitent actuellement grands ensemble d’habitat populaire, friche du fort, et tours d’une ancienne caserne de gendarmerie. La société GPA voit grand pour attirer un public qui n’a plus les moyens de se loger à Paris et se montre sensible à la notion pourtant très floue d’ « écoquartier ». Toute la zone est une vraie aubaine pour des promoteurs pour qui la nature ne vaut que si elle devient une carte postale vendeuse.

GPA se veut bien sûr rassurant sur l’avenir des jardins en promettant qu’il y aura « compensation » pour les parcelles détruites. D’autres terres seraient mises à disposition dans des jardins situés dans la commune voisine de Pantin ou dans une autre zone du Fort d’Aubervilliers où un bois sauvage serait alors rasé. La notion même de « compensation » est cependant remise en cause par des jardinières et jardiniers qui travaillent depuis des années la terre de leur parcelle. « Compensation ? Ce sont des mots de technocrates ça, s’insurge Viviane dont la parcelle est directement menacée de destruction. Je n’ai pas de camion de déménagement pour les lombrics qui habitent ici. » Élise, une autre jardinière, affirme aussi son scepticisme : « Quand bien même ils [GPA] tiendraient leurs promesses, ils ne peuvent pas déplacer un cerisier qui a trente ans. C’est pas possible. »

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