Racheter des forêts : des collectifs s’unissent pour arrêter l’exploitation industrielle

, par  Association ARPENT , popularité : 2%

Dans les Pyrénées, un « Appel pour des forêts vivantes » réunit jusqu’à dimanche différents collectifs pour la défense de la biodiversité forestière. Plusieurs d’entre eux ont opté pour une nouvelle stratégie : l’achat de forêts afin de démontrer sur le terrain qu’une gestion durable est possible.

Cunlhat (Puy-de-Dôme) et Saint-Moreil (Creuse).– Les courriels affluent en ce lundi 7 mars dans la boîte aux lettres de Recrue d’essences. « J’ai fait une balade dimanche matin dans le secteur Toutée. […] J’ai pu constater que sur d’immenses parcelles, toutes les forêts anciennes avaient été coupées à ras – bouleaux, jeunes hêtres, etc. », alerte un premier correspondant. « C’est un véritable carnage là-haut. […] Tout y passe. Les résineux sont “proprement” coupés et empilés, mais tout type de feuillus qui aurait le malheur de se trouver sur le passage de l’abatteuse est lamentablement écrasé puis arraché (même pas coupé). Les ornières font la taille du canal de Suez », confirme un deuxième.

En juin 2019, une poignée d’habitant·es de la bourgade de Cunlhat (1 300 habitant·es, Puy-de-Dôme) ont créé l’association dans l’espoir de préserver sur leur commune un patrimoine forestier riche et vivant à destination des générations futures. « Si on est là aujourd’hui, c’est parce qu’on veut vraiment faire quelque chose dans tout ce merdier », résume l’ébéniste Julien Cormerais, un des membres fondateurs dont le ton acerbe s’explique par le désastre qu’il voit arriver.

Située sur les contreforts des monts très boisés du Livradois, Cunlhat a une forêt plutôt diverse où les plantations d’épineux, développées pour compenser la déprise agricole après la Seconde Guerre mondiale, côtoient les taillis de feuillus et quelques vieilles sapinières. 46 % de la commune est constituée de zones boisées. Une forêt jusqu’ici plutôt épargnée par les coopératives forestières, plus intéressées par les rangées de pins Douglas à perte de vue qui constituent le paysage angoissant du plateau, un peu plus haut.

Mais le pire est à venir. « Nous sommes entrés dans un cycle de coupe qui va monter en puissance pendant les dix prochaines années. Les peuplements [des plantations] ont 40 ans et plus, avec des problèmes sanitaires liés aux scolytes [des insectes friands du bois des épicéas dont, ces dernières années, des sécheresses ont favorisé la prolifération en France – ndlr]. Ça va couper », explique Christophe Gathier, un autre membre de l’association. « Là, les plantations arrivent pile au diamètre requis pour les machines », complète le jeune Marcial. Soit des troncs de 40 à 45 cm de diamètre que les abatteuses d’importation finlandaise sont capables de dépecer en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

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