Jean Jouzel : « Imaginer que les solutions technologiques nous sauveront du désastre est d’un extrême égoïsme »

, par  Association ARPENT , popularité : 3%

Le nouveau rapport du Groupe international d’experts sur le climat (Giec) alerte à nouveau sur les conséquences du dérèglement climatique si rien n’est fait. Le silence des élites inquiète le climatologue français Jean Jouzel.

Jean Jouzel : J’espérais, compte tenu de l’échéance de l’élection présidentielle, que le sujet serait cette fois plus audible. Mais, hélas, la situation très critique en Ukraine a pris tout le devant de la scène médiatique. En même temps, c’est toujours un peu le problème avec cette question du dérèglement climatique. C’est une priorité mais qui passe toujours derrière d’autres priorités. La difficulté, c’est que, même si les conséquences se font déjà sentir, c’est un problème à long terme. Et nos politiques, comme nos médias, ont tendance à s’intéresser plutôt aux problèmes à court terme. Je comprends bien sûr les problèmes urgents que pose la guerre en Ukraine. Mais n’oublions pas qu’elle a une composante énergétique indéniable, et donc une certaine composante climatique dans la mesure où les combustibles fossiles sont les premiers contributeurs à l’effet de serre. La guerre nous rappelle l’urgence de la question de l’indépendance énergétique.

Je regrette que nos élites ne s’emparent pas de cette problématique du réchauffement climatique, qui est profondément politique

J’ajoute que, même avant le déclenchement de la guerre fin février, l’urgence climatique ne faisait pas partie des sujets à la Une des médias. Il était clair qu’on n’était pas partis pour une campagne électorale concentrée sur le changement climatique et les bouleversements environnementaux, et sociétaux que cela va provoquer. Ce serait pourtant tout à fait justifié que ce soit le cas. Le changement climatique va être au cœur du développement de nos sociétés dans les prochaines décennies. La neutralité carbone doit être inscrite dans notre développement.
Jean Jouzel est paléoclimatologue. Il a intégré le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) en 1994 et assuré la vice-présidence du groupe de travail sur les bases physiques du changement climatique de 2002 à 2015. Dernier ouvrage paru : Climat, parlons vrai, avec Baptiste Denis. Éditions François Bourin, 2020.

Je regrette que nos élites ne s’emparent pas de cette problématique du réchauffement climatique, qui est profondément politique puisque c’est un véritable changement de société qui se profile derrière cette crédibilité accordée à la parole des scientifiques pour aller vers la neutralité carbone. L’une des raisons de ce désintérêt, c’est leur défaut d’éducation. Peu d’entre eux sont en mesure de bien comprendre ce qui se joue, et de l’expliquer. Il faut donc mettre ces questions au cœur de nos systèmes éducatifs. C’est déjà un peu le cas dans le primaire et le secondaire. Mais pas du tout dans le supérieur. Nous le soulignons dans un rapport que nous venons de remettre à la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal ; et nous espérons que le prochain gouvernement en tiendra compte.

Voir en ligne : l’article complet